Depuis bientôt huit ans, les services chargés de l’application de la loi au Bénin livrent une bataille sans relâche contre une forme particulièrement insidieuse de criminalité économique : les réseaux d’escroquerie pyramidale opérant sous la bannière de QNET et de structures apparentées. Un combat dont la Brigade Economique et Financière (BEF) constitue aujourd’hui le fer de lance.
Engagée depuis 2018, cette croisade vise à démanteler des organisations criminelles qui, sous couvert d’activités prétendument génératrices de revenus, déploient en réalité des manœuvres frauduleuses calquées sur le modèle pyramidal tristement célèbre de Ponzi. Outre QNET, plusieurs autres entités criminelles ont fait l’objet d’enquêtes rondement menées sur le territoire national. Parmi elles figurent notamment HIGHLIFE, CHYMALL, ALPHA-OMEGA-COINS (AOC), ainsi que TIENS DESTINATION SUCCES COMMUNICATION, pour ne citer que les plus emblématiques.
Ce que l’on désigne communément sous l’appellation de « réseau QNET » en Afrique de l’Ouest constitue une forme moderne d’escroquerie qui prospère sur la vulnérabilité de la jeunesse. Derrière une façade de respectabilité commerciale se dissimulent des pratiques chimériques : on fait miroiter aux candidats des opportunités d’emploi ou d’affaires assorties de gains mirobolants, entretenant ainsi une illusion prolongée, le temps nécessaire pour contraindre proches et familles à souscrire à des engagements financiers censés concrétiser le rêve.
Dans la sous-région, ce phénomène représente désormais un véritable défi sécuritaire, économique et social. Bien qu’expressément interdits sur le territoire béninois en raison de leur nature assimilable à une « escroquerie de type Ponzi, parfois opérée via Internet », ces réseaux persistent, changent de visage et s’adaptent constamment aux ripostes des autorités.
De 2018 à ce jour, la Brigade Economique et Financière a conduit ou coordonné près de soixante-dix (70) opérations de police ciblant ce type de criminalité.
La toute première intervention, menée le 6 février 2018 dans la commune d’Abomey-Calavi, demeure emblématique :
- 187 individus interpellés
- 20 726 075 FCFA saisis et déposés au Greffe du Tribunal d’Abomey-Calavi
- 10 meneurs présumés présentés au Procureur du Tribunal d’Abomey-Calavi
Sur l’ensemble de la période allant de 2018 à avril 2026, le bilan consolidé fait état de 1 386 personnes interpellées, parmi lesquelles 412 ont été déférées devant le Procureur Spécial de la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET).
La dimension transfrontalière de ce fléau a imposé la mise en œuvre d’une coopération policière internationale soutenue. Cette synergie a permis de procéder à des arrestations au Togo, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana, démantelant ainsi des réseaux QNET dans lesquels des ressortissants béninois figuraient tantôt comme auteurs ou complices, tantôt comme victimes.
Fait notable, 143 jeunes camerounais ont été libérés des griffes de ces réseaux au cours du mois d’avril 2022, illustrant la portée humanitaire de ces opérations.
À la faveur de ce point d’étape, la Police républicaine lance un appel à la vigilance face aux sollicitations attrayantes et aux promesses mirobolantes de recrutement à des emplois bien rémunérés à l’étranger ou à l’exercice d’activités commerciales que des entreprises criminelles du genre QNET diffusent.
La lutte se poursuit, et chaque citoyen est appelé à devenir un maillon essentiel de cette chaîne de vigilance collective. Car au-delà des chiffres, c’est l’avenir d’une jeunesse tout entière que les pouvoirs publics entendent préserver des sirènes trompeuses de l’argent facile.
